En congès sabbatique pour six mois, nous quittons boulot et appartement à Paris pour voyager en Asie et revenir en France en faisant le tour du globe : la vraie vie, en somme !
Enfin ! Nous retrouvons avec une certaine excitation le bruit (et l'odeur...), la pollution et la circulation demente d'une ville digne de ce nom ! Notre bus nous a debarque a son terminus, boulevard Charles de Gaulle et nous avons rejoins a pied la Dragon Guest House (tenue encore une fois par des...chinois !).
Plonges dans une sorte d'etuve, nous comprenons que nos quatre jours a Phnom Penh seront places sous le signe de la sudation intense.
C'est donc en eau que nous prenons possesion de notre chambrette aveugle mais dote d'une micro television diffusant TV5Monde notre desormais chaine fetiche !
Notre chambre s'agrement egalement d'un doux parfum d'eegout qui nous accompagne du coucher au reveil... Ce leger desagrement est cependant tres largement compense par le restaurant terrasse avec vue sur la rue Phnom Penhoise (orth.?) et la sympathie de nos hotes (sans meme parler du prix derisoire de 6$ - conforme a notre budget).

Notre premiere demarche est de nous rendre a l'ambassade des Philippines afin d'obtenir notre visa, pour la prochaine etape dans 3 semaines. Les services consulaires n'etant pas tres nerveux, nous sommes obliges de prolonger notre sejour dans cette chaude capitale avant d'obtenir le precieux sesame. Ceci etant fait, nous nous sommes lances a velo a la decouverte de la ville, et ce malgre la circulation chaotique(car ca yest, au bout de 3 mois, nous sommes devenus de veritables guerriers du bitume !).
Equipes de masques de chirugien (tres en vogue ici) pour nous proteger des effluves de gasoil et de la poussiere, telles deux petites soubrettes hospitalieres chevauchant la petite reine, nous commencons la visite par le palais royal et la pagode d'argent.
Le site est un ensemble d'edifices religieux dedies a la monarchie. Le palais est tres elegant et sa richesse contraste avec la pauvrete visible dans la rue.
La Pagode d'Argent, elle aussi construitte dans un foisonnant style traditionnel khmer, possede un sol compose de centaines de dalles en argent massif (1kg chacune). Entre les deux batiments, une petite incongruite : le pavillon Napoleon III, construit a l'origine pour recevoir l'imperatrice Eugenie lors de l'inauguration du Canal de Suez. Il fut ensuite offert par l'empereur au roi du Cambodge.


Pour nous recompenser de l'effort physique a velo, nous faisons une pause dejeuner dans un restaurant cree par une ONG pour former aux metiers de la restauration de jeunes orphelins du pays.
Ainsi, chez Friends, nous avons goute une cuisine savoureuse (boulettes de boeuf caramelisees au miel, poulet a la mangue et noix de cajou, ananas caramelise et son sorbet au piment...) et beneficie d'un service souriant et impeccable.
Accables par la chaleur, nous nous dirigeons vers le musee national esperant y trouver un peu de fraicheur. C'est un tres bel edifice construit par les francais dans le style khmer. Il abrite de superbes collections venues principalement d'Angkor et constitue une bonne introduction a notre future visite du site.
Le lendemain, apres une moite nuitee, nous avons visite le musee du crime genocidaire. Passage obligatoire de tout voyageur a Phnom Penh, la visite est eprouvante.
Les khmers rouges avaient requisitionne cet ancien lycee pour le transforme en centre d'extermination de la population. Les salles de classe furent transformees en salle de torture, cellules individuelles ou collectives reparties entre les differents batiments. Certaines de ces pieces conservent envcore le materiel utilise pour les seances de sevices, toutes plus effroyables les unes que les autres.
Plusieurs salles exposent des photos des victimes avant leur execution (et parfois apres, ultime marque de cynisme du regime de Pol Pot). Dans d'autres salles, on decouvre des photos et des interviews d'anciens khmers rouges repentis expliquant qu'eux aussi avaient ete victimes d'une l'ideologie du regime. Les photos boulversantes ne sont pas sans rappeler l'histoire europeenne.
Decidemment, de la Shoa aux khmers rouges, en passant par Srebrenica, la tentation genocidaire est malheureusement une constante du XXeme siecle. Tout cela nous rappelle que l'histoire peut basculer et que notre vigilance doit rester intacte a l'heure ou, dans nos societes, le nationalisme revient en force et s'accompagne d'une banalisation de l'intolerance.

Pour nous aerer l'esprit , le reste de notre sejour fut consacre aux nombreux attraits de la ville, en particulier ses marches et son architecture coloniale.
La ville compte differents marches couverts dans lesquels regne une effervescence au moins proportionnelle a la chaleur des allees.
L'un d'entre eux, le marche russe est un immense dedale d'allees occupees par des montagnes de marchandises ou les articles de contrefacons cotoient les stands de soupes et de grillades ! C'est ici que l'on peut egalement trouver des produits de marques a des prix defiant toute concurrence (de nombreuses entreprises comme GAP et autres Billabong ayant delocalise leur production dans la region).
Plus au nord, le marche central occupe un gigantesque edifice Art deco construit sous le protectorat. Il recelle de nombreux etals de viandes, de fruits et de legumes et stimule tous les sens. Entre deux stand de joailleries, on peut trouver l'incontournable durian (fruit au parfum de fosse septique dont raffolent neanmoins les asiatiques), mais aussi des friandises pour le moins... surprenantes ! Comme vous pouvez le voir sur la photo, il y en a pour tous les gouts : blattes geantes sautees a l'huile, criquets grillees ou araignees frites ! Une experience extreme a laquelle nous ne nous sommes pas pretes...

Enfin, pour ne pas oublier que nous sommes toujours dans l'ancienne Indochine, nous avons arpente les rue de Phnom Penh a la recherche de ses vestiges coloniaux. Ces derniers, temoins d'une epoque revolue, sont nombreux et conferent a la ville un charme desuet et emouvant.

L'envie de l'AnGkor Beer se faisant sentir, nous avons fait une pause fraicheur au bord du lac de la ville, qui s'avere bien aere.
Cependant, ce quartier decrit comme celui des routards par le guide du meme nom, est peuple de fumeurs de joints et de radasses aguicheuses particulierement vulgaires. L'endroit est vraiment degueu et notre seance biere fraiche fut troublee par les avances outrancieres et plus qu'explicites que nous avons subi de la part de petites catins aux levres glossy qui sucotaient leur doigt avec gourmandise....
Fuyant ce lieu frais aux delicieuses effluves de marijuana, mais definitivement trop vulgaire (ce qui ne nous ressemble bien evidemment pas) nous reprenons notre route...
Avant d'aller recuperer nos visas, nous nous attablons au bord du fleuve afin de deguster un repas de crabe et de fruits de mer... Un delice !
Ayant finalement compris que la seule regle de circulation a Phnom Penh etait... qu'il n'y en a pas (motos a contre sens, absence de priorite, etc...), nous reprenons nos velos et nous engouffrons dans le traffic direction l'ambassade des Philippines. Le trajet n'est pas tres long mais la chaleur suffocante (de plus, avec un masque de chirurgien sur le nez, le menton goutte !) et la selle en skai de nos velos provoque une etonnante sudation tres localisee (cf. photo du maillot jaune a la ligne d'arrivee).
Nous rejoignons donc au plus vite la fournaise de notre chambre de la Dragon guest house pour une douche salvatrice.
La journee est deja bien entamee. Pour la terminer en beaute, nmous nous octroyons une petite seance de massage Shiatsu dispensee par des masseurs aveugles de la Seeing Hands Association, un vrai moment de volupte.
Vous l'aurez compris, nous avons aime Phnom Penh, meme si la ville ne se livre pas au premier abord. Il est deja temps de refaire nos sacs car demain matin, nous partons pour Battambang.
